Suivi au Kwilu : Le GTCRR évalue les impacts du PSFD et alerte sur la durabilité économique

Suivi au Kwilu : Le GTCRR évalue les impacts du PSFD et alerte sur la durabilité économique

Du 27 au 28 août 2026, une équipe du Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR), en collaboration avec le CIFOR et le FONAREDD, a mené une mission d’évaluation du Programme d’Appui à la Mise en Valeur Durable des Savanes et Forêts Dégradées (PSFD) dans la province du Kwilu. Cette évaluation vise à mesurer les impacts socio-économiques et environnementaux du projet sur les communautés locales et à formuler des recommandations pour la pérennité des acquis face aux défis de la REDD+ RDC.

 

Contexte et Objectifs

Financé par l’Initiative pour les Forêts d’Afrique centrale (CAFI) via le FONAREDD, et mis en œuvre par l’Agence française de développement (AFD) en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage (MAPE), le PSFD a pour ambition de transformer l’agriculture familiale en une activité durable. L’objectif général est de réduire la pression sur les forêts primaires en promouvant l’agroforesterie et en stabilisant le couvert forestier d’ici 2030. La mission du GTCRR s’inscrit dans une dynamique de gouvernance forestière participative, visant à évaluer l’appropriation des pratiques durables par les communautés et à identifier les facteurs de fragilisation.

 

Approche de la mission

L’équipe s’est déployée sur plusieurs sites clés, débutant à Kikwit par une réunion de travail avec le bureau du projet. Les échanges se sont ensuite poursuivis dans le territoire de Gungu, sur le site agroforestier de 9 hectares de l’Alliance Productive FOPAD à Loano, avant de se rendre dans le territoire de Bulungu. Là, l’équipe de la mission a visité la pépinière de palmiers à huile de l’Alliance Productive APM à Mbalaka, les palmeraies de 8 hectares à Vanda, ainsi que l’usine de transformation de l’opérateur économique PEVAC.

La méthodologie a reposé sur une approche qualitative par triangulation d’informations. Les entretiens structurés, les focus groups et l’observation directe des plantations d’acacias et de palmiers ont permis de croiser les témoignages des producteurs avec les données du projet. Malgré des contraintes logistiques liées à l’état des routes et à la disponibilité des producteurs, l’équipe a privilégié la discussion collective pour dégager des consensus sur les constats majeurs, intégrant les jeunes et les femmes dans les échanges.

 

 

Les acquis et inquiétudes communautaires

Les communautés bénéficiaires expriment une satisfaction globale, attribuant une note de 7,5/10 au projet (7/10 pour FOPAD à Loano et 8/10 pour APM à Mbalaka et Vanda). Cette appréciation salue les compétences techniques acquises et la revitalisation des paysages. Cependant, une inquiétude grandissante se fait entendre face à l’absence de retombées financières immédiates.

« Nous avons appris à enfouir le Tithonia et à associer le maïs au manioc, ce qui nous a nourris pendant deux ans. Mais aujourd’hui, nous devons attendre sept ans pour que les acacias puise nous servir à produire du charbon, et sans revenus réguliers, il est difficile de garder la motivation », confie un producteur de l’Alliance Productive FOPAD à Loano. À Vanda, les communautés se heurtent également à des conflits d’usage des terres, la compétition racinaire des palmiers à huile rendant impossible la culture du manioc après la deuxième année.

 

Résultats et Impacts

Le suivi terrain met en évidence des avancées techniques indéniables, mais aussi des fragilités structurelles qui menacent la pérennité du projet.

  • Adoption massive de l’agroforesterie : Les producteurs maîtrisent désormais l’enfouissement de la Tithonia diversifolia comme engrais vert et les associations culturales. L’entretien des plantations d’acacias et de palmiers à huile est autonome.
  • Restauration écologique tangible : Le retour de la biodiversité est remarquable, avec l’apparition d’abeilles dans les plantations d’acacias et la récolte de chenilles, sources de protéines. La régénération naturelle s’intensifie grâce à la dissémination d’espèces locales par les oiseaux.
  • Fragilité économique et menaces : L’absence de revenus intermédiaires durant le cycle de croissance (5 à 7 ans) constitue le principal facteur de démotivation. De plus, des incendies criminels ont ravagé la majorité des plantations de cacaoyers, freinant l’enthousiasme pour cette filière, bien que les acacias résistent mieux aux feux.
  • Gouvernance et inclusion : L’absence de planification territoriale formelle (CLD et PSAT) limite la gouvernance locale. Les femmes, bien qu’actives, font face à des contraintes culturelles restreignant leur accès aux bénéfices économiques, et les jeunes restent sous-représentés dans les instances de décision.

 

Conclusion

Pour consolider ces acquis et garantir une transition écologique juste, trois priorités de plaidoyer ont été dégagé. Il est impératif de sécuriser les débouchés commerciaux pour le charbon et l’huile de palme, de renforcer la visibilité du projet par l’installation de panneaux signalétiques et le recrutement d’un chargé de communication, et enfin, de mettre en place des activités alternatives génératrices de revenus (apiculture, briquettes écologiques, semences améliorées) pour soutenir les communautés durant la période d’attente.

La pérennité du PSFD dépendra de la capacité des acteurs à structurer la chaîne de valeur et à maintenir un accompagnement technique et commercial après la phase de mise en œuvre.

 

 

Quelque photos

 

 

 

Par Audry Mbala

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