Durabilité post-projet : Le GTCRR évalue les acquis du PIREDD-Kwilu un an après sa clôture

Durabilité post-projet : Le GTCRR évalue les acquis du PIREDD-Kwilu un an après sa clôture

Du 24 au 26 août 2026, le Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR), en collaboration avec le CIFOR et le FONAREDD, a mené une mission de suivi post-projet dans les territoires de Bulungu et Gungu, dans la province du Kwilu. Cette évaluation, réalisée un an après la fin du Programme Intégré REDD+ (PIREDD-Kwilu), visait à apprécier la pérennité des acquis économiques, environnementaux et institutionnels engendrés par le programme, financé par la CAFI et exécuté par la JICA de 2019 à 2025.

 

Pourquoi le suivi du PIREDD Kwilu

Le PIREDD-Kwilu a été mis en œuvre pendant six ans avec un double objectif : réduire la déforestation et la dégradation des forêts tout en améliorant les conditions de vie des communautés locales. Pour ce faire, le programme a déployé une approche intégrée combinant agroforesterie, apiculture, jardins de case et renforcement de la gouvernance locale à travers les Comités Locaux de Développement (CLD) et les Plans Simples d’Aménagement du Territoire (PSAT).

La clôture du programme en 2025 a soulevé une question centrale : les changements induits par le projet sont-ils durables sans l’appui extérieur ? C’était l’enjeu de cette mission de suivi, qui a cherché à identifier les activités poursuivies de manière autonome, les acquis fragilisés et les facteurs expliquant ces évolutions.

 

Une approche participative axée sur les réalités du terrain

La mission s’est appuyée sur une méthodologie qualitative et participative, privilégiant l’écoute des communautés. L’équipe, composée d’experts du CIFOR, FONAREDD et GTCRR, a sillonné les villages de Kikasa Nzundu, Camp Bulungu, Ngondo et la Ferme Keba Ngondo. L’approche a consisté à trianguler les informations issues de discussions de groupe (focus groups), d’entretiens avec des informateurs clés (membres des CLD, autorités locales, femmes et jeunes) et d’observations directes sur le terrain.

 

Appréciations des bénéficiaires sur le terrain

Les communautés ont exprimé une satisfaction globale, illustrée par une note moyenne de 8/10 quant à la contribution du projet à l’amélioration des conditions socio-économique et environnementale. Un membre du CLD de Ngondo témoigne de la continuité des efforts malgré la fin du projet : « Le projet est parti quelques mois après qu’on a mis les semis dans les sols. Nos arbres ont une année et quelques mois, or le projet a clôturé, ça fait une année déjà. Mais nous, on a continué à entretenir les arbres et vous pouvez voir aujourd’hui que le travail évolue très bien ».

Ce témoignage illustre l’appropriation communautaire. Un autre bénéficiaire, le responsable de la ferme Keba Ngondo, souligne l’impact durable : « J’ai capitalisé les acquis du projet PIREDD-Kwilu et, aujourd’hui, j’ai étendu mes plantations sur de nombreux hectares supplémentaires. Je crée de l’emploi au sein de la communauté en engageant des personnes pour entretenir mes plantations, et je ne peux que remercier le projet ».

 

Constats et Impacts un an après

L’évaluation révèle une situation contrastée. Si certains acquis sont solidement ancrés, d’autres montrent des signes de fragilité.

  • Agroforesterie et moyens de subsistance : L’agroforesterie, l’apiculture et les jardins de case ont continué à produire des effets positifs. La production de manioc a grimpé par ménage, illustrant une amélioration tangible des conditions de vie.
  • Environnement et biodiversité : Les plantations d’acacias ont favorisé le retour de la faune, notamment des antilopes et l’apparition de plantes médicinales. Cependant, la pression sur les ressources forestières persiste, alimentée par le charbonnage, la coupe de bois et les feux de brousse.
  • Gouvernance locale : Les CLD continuent de jouer un rôle de concertation, mais leur dynamisme est variable.
  • Défis et inégalités : La durabilité dépend fortement des moyens de production. Les ménages disposant de main-d’œuvre et d’intrants ont mieux préservé leurs acquis, créant un risque de disparités croissantes au sein des communautés.

 

Priorités de Plaidoyer et Recommandations

Face à ces constats, trois priorités de plaidoyer pour la société civile environnementale :

  • Consolider l’agroforesterie et les moyens de subsistance durables
  • Redynamiser les CLD et renforcer la gouvernance locale
  • Pérenniser les acquis environnementaux en renforçant les mécanismes communautaires de surveillance, de lutter contre les feux de brousse et de développer des alternatives économiques

Le FONARED, CIFOR et GTCRR recommande également aux bailleurs et partenaires techniques de soutenir des mécanismes de consolidation post-projet ciblés et de mettre en synergie les interventions des projets actifs dans la zone (PFSD, PIFORES, AVENIR) pour un impact durable.

La mission de suivi a démontré que le PIREDD-Kwilu a semé des graines de changement durable. L’appropriation des pratiques agroforestières et l’amélioration des moyens de subsistance sont des réussites indéniables. Cependant, la pérennité de ces acquis dépendra de la capacité des communautés, des CLD et des autorités locales à consolider ces résultats et à réduire progressivement leur dépendance à l’appui extérieur.

 

Quelques photos 

 

 

Par Audry Mbala

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