Loi agricole en RDC : Le GTCRR relance le plaidoyer pour la souveraineté alimentaire et la gouvernance alimentaire

Loi agricole en RDC : Le GTCRR relance le plaidoyer pour la souveraineté alimentaire et la gouvernance alimentaire

Le 1er juillet 2026, le Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR) a réuni son Groupe Thématique Agriculture à Kinshasa. Cette rencontre stratégique avait pour objectif d’analyser le blocage de la proposition de loi agricole au Parlement et de définir une feuille de route pour le suivi du cadre légal, institutionnel et spatial de la gouvernance agricole en République Démocratique du Congo.

 

Une loi essentielle au point mort

La République Démocratique du Congo dispose d’un potentiel agricole immense, capable de garantir sa souveraineté alimentaire et de lutter contre la déforestation. Pourtant, la loi portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture peine à voir le jour. Déposée au Parlement le 1er décembre 2025 par l’Honorable Marie Claire Kengo, cette proposition de loi a été alignée à l’ordre du jour de la session de mars 2026. Malheureusement, les députés n’ont pas pu traiter cette matière, reléguant une fois de plus ce texte essentiel aux sessions ultérieures.

Face à ce constat d’une faible priorité accordée au secteur agricole, le GTCRR, à travers son Groupe Thématique Agriculture, a jugé urgent de se réunir pour examiner l’évolution de la loi au niveau du Parlement et pour analyser la proposition de modification soumise par l’Honorable Kengo, en la comparant avec les projets Bahati et Mutiri.

L’objectif principal de cette deuxième réunion du GT était de renforcer les actions de suivi et de plaidoyer. Il s’agissait de comprendre les raisons du blocage, d’identifier les stratégies pour aligner à nouveau la loi à la session de septembre et de s’assurer que les enjeux de gouvernance des ressources naturelles, chers au GTCRR, soient pleinement intégrés.

 

Une analyse collaborative pour un plaidoyer efficace

La réunion, modérée par le Team Leader du GT Agriculture, Monsieur Freddy Mumba de la CONAPAC, a rassemblé 11 participants, dont 3 femmes, représentant des organisations telles que l’ADDPFA, l’IRDAC, l’IGED, l’AJAC ou encore Congo Assistance. La méthodologie a été participative et inclusive, favorisant l’analyse collective et la formulation de propositions concrètes.

 

Une analyse critique du contenu de la loi

Les participants ont procédé à une lecture approfondie de la proposition de loi de l’Honorable Kengo. Ils ont estimé que les modifications proposées n’étaient pas suffisamment fortes pour répondre aux enjeux actuels. La principale avancée identifiée est l’intégration de la notion « d’intérêt stratégique » pour certains produits agricoles, visant à assurer la souveraineté du pays. Cependant, cela reste insuffisant pour transformer en profondeur le cadre juridique du secteur.

Un des points saillants des échanges a été la nécessité d’aborder la gouvernance agricole sous plusieurs angles. Les participants ont souligné l’importance de ne pas se limiter au seul cadre légal et institutionnel, mais d’y intégrer également le cadre spatial. Cette approche globale est essentielle pour garantir une gestion durable des terres et des ressources, en lien direct avec les objectifs de la REDD+ RDC.

« Pour que la loi soit effective, il ne suffit pas de voter un texte. Il faut s’assurer que les institutions, les mécanismes et l’aménagement du territoire soient alignés. C’est un tout », a souligné M. Joseph BOHULU de Congo Assistance.

 

Le suivi du projet SC-REDD+, une priorité de terrain

Le GTCRR, en tant que société civile spécialisée sur le climat et la gouvernance forestière, a tenu à rappeler le contexte de son engagement. Le projet SC-REDD+ RDC (Projet d’appui à la société civile pour le suivi décentralisé des projets et programmes REDD+) est un pilier de leur action. Les participants ont insisté sur le fait que le suivi de la loi agricole doit être effectif sur le terrain, là où les projets REDD+ sont implémentés, et non se limiter à des analyses de bureau à Kinshasa. La lutte contre la déforestation et la promotion d’une agriculture durable sont intrinsèquement liées.

« Cette loi est cruciale pour nous. Elle doit permettre de sécuriser les terres des communautés et de promouvoir une agriculture qui ne détruit pas nos forêts. Nous ne pouvons plus attendre », a déclaré M. Barthélemy Boika, participant et membre de l’IRDAC, soulignant l’urgence de la situation.

 

Des actions concrètes pour faire avancer le processus

À l’issue des échanges, les participants ont adopté un plan d’action articulé autour de trois priorités.

Premièrement, un volet de plaidoyer et de dialogue institutionnel : contacter l’Honorable Marie Claire Kengo pour comprendre le blocage de la loi et définir des stratégies en vue de son alignement à la session de septembre, puis se rapprocher du Ministère de l’Agriculture pour suivre l’évolution du projet de modification intégrant la politique nationale de l’agriculture durable.

Deuxièmement, un volet de clarification et de suivi : préciser la définition des « produits stratégiques » et poursuivre la mise en place du Conseil Consultatif, du cadastre agricole ainsi que la cartographie des concessions agricoles.

Troisièmement, un volet d’analyse et de perspective : évaluer la part du budget allouée à l’agriculture avec l’appui d’une organisation spécialisée comme l’ODEP et engager une réflexion sur l’agriculture de type intermédiaire. Un noyau a été mis en place pour mener ces différentes démarches.

Le GTCRR, à travers son Groupe Thématique Agriculture, démontre une fois de plus son rôle crucial de veille citoyenne et de plaidoyer pour une gouvernance juste et durable des ressources naturelles en RDC. Le chemin pour l’adoption d’une loi agricole ambitieuse est semé d’embûches, mais la détermination de la société civile reste intacte.

 

Par Audry Mbala

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