Sud-Ubangi : 500 m³ d’Afzelia pachyloba exploités illégalement, le GTCRR Sud-Ubangi tire la sonnette d’alarme

Sud-Ubangi : 500 m³ d’Afzelia pachyloba exploités illégalement, le GTCRR Sud-Ubangi tire la sonnette d’alarme

Sud-Ubangi, en juillet 2026, Le Groupe de Travail Climat Redd+ Rénové en sigle GTCRR, acteur clé de la protection de l’environnement en République Démocratique du Congo, a mené une mission d’investigation dans le territoire de Libenge, province du Sud-Ubangi. Cette initiative, dirigée par le Coordonnateur Provincial William WELENDE, fait suite à des informations alarmantes concernant une exploitation forestière non réglementée. Les investigations, menées du 29 juin au 4 juillet 2026, révèlent une situation critique où des ressources naturelles précieuses sont pillées, souvent sous la protection d’autorités locales, sans bénéfice pour les populations autochtones.

 

Contexte et objectifs de la mission

La province du Sud-Ubangi, à vocation agricole, voit ses forêts tropicales subir une pression croissante. Le commerce de grumes, particulièrement par des ressortissants vietnamiens, menacent la survie de ces écosystèmes essentiels. Face à ce constat et suite à un arrêté ministériel suspendant les exploitations abusives, le GTCRR s’est mobilisé. La mission visait à :

  • Informer les autorités locales sur l’importance de la protection des forêts.
  • Expliquer le rôle de la société civile environnementale.
  • Identifier les personnes et sociétés impliquées dans les activités illicites.
  • Vérifier la présence d’autorisations administratives pour l’exploitation.
  • Évaluer les impacts environnementaux et socio-économiques de cette exploitation.
  • Formuler des recommandations pour les autorités compétentes.

 

Un constat alarmant sur le terrain

Les membres de la mission se sont rendus dans les sites de Batanga, Kpakwa et Kambe. Leurs observations font état d’une exploitation qui ne respecte ni la loi, ni les communautés locales.

 

Une exploitation semi-industrielle aux allures de pillage

À Batanga, l’équipe a constaté un stock impressionnant de plus de 500 mètres cubes de grumes, principalement de l’essence rare « Afzelia pachyloba », stocké au port. Cette exploitation est caractérisée comme semi-industrielle en raison de la présence de machines lourdes. Selon les informations recueillies, toute cette production est vendue directement aux acheteurs vietnamiens, sans que les communautés locales n’en tirent de bénéfices.

« Tous les bois exploités sont dans les domaines Privé de l’État congolais. Cette exploitation ne bénéficie pas aux communautés locales de LIBENGE et les Vietnamiens n’ont pas de document d’achat ni de permis d’exploitation. » – Rapport de mission du GTCRR.

 

L’administration locale contournée

Les investigations menées auprès du service technique de l’environnement de Libenge ont révélé un dysfonctionnement majeur. Le secrétaire du superviseur a confirmé la non-implication de ses services dans l’octroi des permis ou les prospections. L’exploitation se déroule dans l’opacité la plus totale, sous la « bénédiction » présumée d’un député provincial. Les coupes se font dans le domaine privé de l’État, et des indices suggèrent que certaines zones seraient exploitées au sein même d’une CFCL (Concession Forestière des Communautés Locales) dans le Groupement de GBAKA MABO, une violation grave des droits des communautés.

 

L’ignorance et la marginalisation des pygmées

Dans le site de Kambe, les échanges avec les communautés pygmées ont démontré leur totale ignorance des activités d’exploitation forestière. « Les missionnaires ont échangé avec les pygmées sur leurs bénéfices vis-à-vis de l’exploitation des ressources forestière auquel ils ont déclarés très sceptiques et ignorants« , peut-on lire dans le rapport. Ces peuples autochtones, qui dépendent pourtant de la forêt pour leur survie, sont les premiers à subir les conséquences de cette déforestation sans en retirer le moindre avantage.

 

Impacts, recommandations et appel à l’action

L’exploitation illégale observée a des conséquences désastreuses à plusieurs niveaux : disparition des essences rares comme Afzelia pachyloba, dégradation de la biodiversité, conflits sociaux et perte de revenus pour l’État congolais.

Face à cette situation, le GTCRR a formulé des recommandations claires lors d’une réunion de restitution en présence de l’Administrateur du territoire et des services techniques :

  1. Aux autorités provinciales: Renforcer les contrôles, doter les services techniques de moyens logistiques, et convoquer d’urgence les exploitants pour faire respecter le Code forestier.
  2. Aux exploitants forestiers: Respecter le volume de coupe requis, promouvoir les bonnes pratiques et contribuer au reboisement.
  3. Aux communautés locales: Participer activement à la protection des forêts et signaler les cas d’exploitation illégale.

 

La mission du GTCRR est une première étape cruciale pour alerter sur le pillage des forêts du Sud-Ubangi. Cependant, les éléments recueillis constituent des indices graves qui méritent une enquête administrative et judiciaire approfondie. Pour préserver les forêts de la RDC et les droits des communautés qui en dépendent, une action ferme et concertée est plus que jamais nécessaire. Le GTCRR poursuivra son travail de surveillance et de plaidoyer, mais le soutien de tous est indispensable.

 

Quelques images des grumes observées 

 

Quelques photos après après la réunion de restitution de la mission d’observation dans le territoire de Libenge le 7 juillet 2026

 

le GTCRR présente au Gouverneur a.i. le rapport de la mission de suivi de l’exploitation forestière à Libenge, le 21 juillet 2026

Par audry mbal

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