Face à l’urgence climatique mondiale, les pays sont appelés à définir des engagements clairs pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et renforcer leur résilience face aux impacts du changement climatique. C’est dans ce cadre que s’inscrit la Contribution Déterminée à l’échelle Nationale (CDN), un instrument central de l’Accord de Paris.
En République Démocratique du Congo (RDC), la CDN constitue aujourd’hui un cadre stratégique majeur, offrant 81 actions prioritaires qui représentent de réelles opportunités pour les ONG, les organisations de la société civile (GTCRR), institutions publiques et partenaires techniques engagés dans le montage et la mise en œuvre de projets environnementaux et de développement durable.
Qu’est-ce que la Contribution Déterminée à l’échelle Nationale (CDN) ?
La CDN est un engagement officiel pris par chaque pays signataire de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Elle précise les actions que le pays prévoit de mettre en œuvre pour : Réduire ses émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et S’adapter aux effets du changement climatique (adaptation).
Ces engagements sont révisés périodiquement afin de rehausser l’ambition climatique et de s’aligner sur les objectifs mondiaux.
De la première CDN (2015) à la CDN révisée (2021–2030)
En 2015, en amont de l’Accord de Paris, la RDC a soumis sa première CDN avec un objectif de réduction de 17 % des émissions de gaz à effet de serre, ciblant principalement : le dioxyde de carbone (CO₂), le méthane (CH₄) et le protoxyde d’azote (N₂O). Répondant à l’appel international au relèvement de l’ambition climatique, la RDC a ensuite procédé à une révision de sa CDN. Pour la période 2021–2030, le pays vise désormais une réduction de 21 % de ses émissions, en intégrant de nouveaux secteurs et en renforçant les réformes forestières, foncières et d’aménagement du territoire, tout en liant l’action climatique à la lutte contre la pauvreté.
La CDN révisée 2021–2030 de la RDC réaffirme le positionnement du pays comme un acteur très important et un pays-solution face au changement climatique, grâce aux 81 actions identifiées réparties en deux grands piliers : atténuation et adaptation.
Ces actions alignées déjà sur le plan national peuvent aider plusieurs organisations et structures à s’aligner sur ces actions prioritaires du pays afin de conjuguer des efforts. Elle permettra aussi de s’inspirer dans le cadre des appels à manifestation d’intérêt ou de proposition de projet en tenant compte des spécificités locales.
1. Actions d’ATTÉNUATION des changements climatiques
Secteur Énergie
- Électrifier les zones rurales, périurbaines et urbaines par des sources d’énergies renouvelables
- Faciliter l’utilisation des foyers améliorés et améliorer les techniques de carbonisation
- Accroître la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national
- Promouvoir l’utilisation du GPL et des cuisinières électriques
- Développer des plantations industrielles de bois-énergie
- Développer le transport avec un accent sur les transports de masse (tramway, autobus, train)
Secteur Agriculture
- Promouvoir les pratiques agroforestières, la rotation des cultures et les cultures pérennes (y compris zones humides)
- Intégrer l’agriculture dans le plan national d’aménagement du territoire
- Promouvoir l’agriculture intensive en zones savanicoles pour réduire la pression sur les forêts
- Promouvoir l’exploitation rationnelle et durable des espaces agricoles
- Intensifier la production agricole vivrière en savanes anthropiques et forêts dégradées
- Vulgariser les pratiques agricoles résilientes (semences climato-sensibles, gestion des sols et de l’eau)
- Améliorer la gestion des élevages intensifs et extensifs
- Intensifier la production agricole de rente via des systèmes agroforestiers durables (cacao, café, banane, etc.)
Foresterie et autres affectations des terres
- Promouvoir l’afforestation et la reforestation (méthodes traditionnelles et modernes)
- Appuyer la foresterie communautaire comme outil de conservation
- Restaurer les zones humides, notamment les tourbières utilisées en agriculture et élevage
- Valoriser les outils MEOR à l’échelle nationale en intégrant les savoirs traditionnels
- Mettre en place une plateforme nationale de restauration des forêts et paysages
- Renforcer la gouvernance forestière et lutter contre l’exploitation illégale (APV-FLEGT)
- Gérer durablement l’exploitation du bois d’œuvre
- Réhabiliter durablement les exploitations minières et pétrolières
- Lutter contre les feux de brousse
- Cartographier et évaluer les tourbières
Secteur Déchets
- Renforcer le cadre institutionnel et légal de la gestion des déchets
- Mettre en place un programme de gestion rationnelle des déchets
- Promouvoir l’utilisation des gaz de décharges
- Promouvoir la valorisation énergétique des déchets (réduction du CH₄)
- Promouvoir le compostage aérobie
- Produire de l’énergie et des engrais organiques à partir des déchets solides, eaux usées et boues fécales
2. Actions d’ADAPTATION aux changements climatiques
Secteur : Forêt
- Élaboration des projets de valorisation des ressources forestières avec les communautés locales et peuples autochtones en veillant sur l’application des dispositions légales
- Reboisement des zones dégradées avec des espèces à grande valeur écologique et économique
- Développement des plantations agroforestières dans les zones dégradées
- Soutien des microprojets de pêche artisanale durable et de la pisciculture
- Promotion des projets à impact réduit sur les écosystèmes forestiers en vue de la diversification des revenus des populations
- Implication des populations locales dans la gestion des écosystèmes forestiers sur leur territoire
- Valorisation des savoirs traditionnels des populations locales liés à la conservation des écosystèmes
- Coordination stratégique des programmes, plans, initiatives en matière d’adaptation aux changements climatiques
- Promotion de gestion durable des terres
Secteur : Agriculture
- Intégration du changement climatique dans la planification et la budgétisation de tous les secteurs à différentes échelles (nationale, provinciale et locale)
- Production et diffusion des semences résilientes aux changements climatiques
- Élaboration d’un programme de zonage en vue de circonscrire les zones à allouer spécifiquement aux activités agricoles
- Collecte, traitement et diffusion régulière des données climatiques par l’INERA et le METTELSAT en vue des prévisions saisonnières
- Vulgarisation des techniques de gestion des sol et de l’eau dans l’agriculture
- Appui à la structuration des organisations paysannes en vue d’améliorer la gouvernance agricole
- Appui à la mise en place des chaines de production et de commercialisation de produits agricoles en vue d’améliorer les revenus des agriculteurs ruraux
- Création et Réhabilitation des pistes de dessertes agricoles
- Promotion (i) des pratiques culturales permettant la sédentarisation des activités agricoles, (ii) des semences résilientes, et (iii) des techniques de gestion des sols et de l’eau en agriculture
- Réhabilitation et renforcement des stations d’observation météorologiques à travers le pays
- Renforcement des capacités pour l’autonomisation des femmes
- Développement d’alternatives au bois énergie afin de protéger la forêt (solaire, gaz, ou au moins foyers améliorés, etc.)
- Renforcement des capacités d’adaptation aux impacts du changement climatique sur la production agricole et la sécurité alimentaire
- Appui à la recherche et à l’innovation pour renforcer la résilience du secteur agricole aux effets du changement climatique
- Création des Pôles d’Entreprises Agricoles et promotion de l’agro-business
- Mise en place des systèmes d’alerte précoce
- Mise en place des mesures de riposte en cas de catastrophes naturelles
- Mise en place de mécanismes de subventions des producteurs ruraux en vue d’adopter les nouvelles pratiques agro écologiques
Secteur : Zone côtière
- Évaluation de la vulnérabilité des écosystèmes littoraux et des besoins en capacités humaines et institutionnelles
- Mise en place de système d’alerte précoce des zones littorales (inondations, sécheresse, érosion des sols, glissements de terrain)
- Mise en œuvre des mesures de lutte contre l’érosion dans la zone côtière, notamment la zone située entre Banana et Nsiamfumu (26 km)
- Appui aux activités résilientes du changement climatique générant un revenu du ménage
- Développement de programmes éducatifs et d’information sensibles aux catastrophes et aux risques climatiques
Secteur : Ressources en eau
- Élaboration de la stratégie et politique sur l’assainissement
- Élaboration des schémas d’aménagement et de gestion des ressources en eau par bassin hydrologique
- Création/Réhabilitation des structures d’approvisionnement en eau dans les villages
- Aménagement et gestion des cours d’eau et fleuve intégrant les enjeux environnementaux
- Renforcement de la résilience au changement climatique des communautés rurales à travers de programmes écoles et villages assainis
- Intégration des risques climatiques pour la mise en place d’infrastructures et de services d’assainissement
- Production, gestion et diffusion de l’information sur les ressources en eau et les aménagements agro-hydrauliques
- Amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de base, ainsi que des pratiques d’hygiène pour les populations rurales et périurbaines
- Amélioration de l’accès aux services de gestion durables des déchets et à l’assainissement des eaux usées
- Amélioration de l’accessibilité de la voirie et les espaces publics et désenclavement des zones rurales
Secteur : Santé
- Construction/réhabilitation d’établissements de santé
- Renforcement des capacités pour l’accès des populations vulnérables aux services de santé de base
- Intégration de l’approche genre dans la prise en compte des questions de changement climatique
- Intégration des impacts des changements climatiques dans les politiques nationale du secteur santé
- Évaluation de la vulnérabilité sanitaire et renforcement de la préparation des systèmes de santé à faire face à la charge de morbidité attribuable aux maladies sensibles aux conditions climatiques
Secteur : Énergie
- Promotion de modèle économique de soutien aux énergies renouvelables (systèmes solaire, éolien, biomasse)
- Amélioration des techniques de modélisation de la transition énergétique vers des modèles écoénergétiques à l’échelle nationale et provinciale
- Aménagement des bassins de rétention d’eau, construction des digues de protection des infrastructures de production d’électricité
- Promotion de l’usage rationnel de l’énergie électrique, amélioration de la gestion du système de réseaux de distribution énergétique
La contribution déterminée à l’échelle nationale (CDN) de la RDC et la mission du GTCRR sont étroitement liées, car la CDN reconnaît que l’atteinte des objectifs climatiques, en particulier dans le secteur de la foresterie et autres affectations des terres/REDD+, repose sur une gouvernance inclusive, le respect des droits humains et la participation effective des communautés locales et des peuples autochtones pygmées. En assurant le plaidoyer, le lobbying, la conduite d’études et la mise en œuvre de projets de développement durable, le GTCRR contribue directement à l’opérationnalisation de la CDN. Il veille à l’application des sauvegardes environnementales et sociales, à la protection des écosystèmes forestiers et à l’intégration des groupes vulnérables dans les processus décisionnels. À travers le dialogue permanent avec le Gouvernement et les autres parties prenantes, le GTCRR agit ainsi comme un acteur clé de mise en œuvre et de contrôle citoyen de la CDN, garantissant que les engagements climatiques nationaux se traduisent par des bénéfices concrets, équitables et durables pour les populations dépendantes des forêts.
Par audry mbal



