Suivi du PIREDD KORLOM au Kasai Oriental : Quand les promesses de développement peinent à se concrétiser

Suivi du PIREDD KORLOM au Kasai Oriental : Quand les promesses de développement peinent à se concrétiser

En avril 2026, une mission conjointe du GTCRR et du CIFOR s’est rendue dans le territoire de Tshilenge (Kasai Oriental) pour évaluer l’état d’avancement du projet REDD+ PIREDD KORLOM. Mis en œuvre par ENABEL, le projet accuse un retard significatif, avec des activités peu visibles sur le terrain. Les communautés, qui nourrissaient de fortes attentes, expriment un risque de démotivation et de perte de confiance.

Le projet SC-REDD, financé par CAFI-FONAREDD, vise à renforcer les capacités des organisations de la société civile membres du GTCRR pour un suivi indépendant des projets REDD+ en RDC. Dans ce cadre, une mission de suivi-évaluation a été organisée en avril 2026 dans les provinces du Kasai Oriental et de Lomami.

L’objectif principal était d’apprécier de manière participative l’état d’avancement du PIREDD KORLOM, un projet intégré REDD+ mis en œuvre depuis octobre 2024 par ENABEL, couvrant 14 villages dans le territoire de Tshilenge.

Les objectifs spécifiques de la mission étaient :

  • Évaluer le niveau d’exécution des activités prévues.
  • Vérifier le fonctionnement des structures locales de gouvernance (CLD).
  • Recueillir les perceptions des autorités et communautés sur le projet.
  • Identifier les contraintes affectant l’exécution du projet.
  • Formuler des recommandations opérationnelles pour améliorer la performance et l’impact du projet.

 

Une approche participative adopté

Pour collecter des données fiables, l’équipe de suivi a privilégié une approche qualitative combinant :

  • Des entretiens semi-structurésavec l’Administratrice du Territoire, les services techniques de l’État (Environnement, Développement rural, Foncier/Cadastre).
  • Des discussions de groupeavec les membres des Comités Locaux de Développement (CLD) et les communautés bénéficiaires.
  • Des observations directeslors de visites dans deux villages échantillons : Bakwa Kalonji et Bena Mbuyi.

L’équipe était composée des experts du CIFOR, de la coordination nationale et provinciale du GTCRR, des autorités territoriales, des services techniques de l’État et des OSC locales membres du GTCRR.

 

Un retard critique et des attentes déçues

  1. Connaissance du projet : Partielle et inégale
  • Autorités territoriales :Connaissent les objectifs globaux, mais déplorent une faible visibilité des actions et un manque de coordination opérationnelle.
  • Comités Locaux de Développement (CLD) :Connaissent le projet à travers leur mise en place, mais ont une compréhension limitée de leurs rôles, accentuée par l’absence de formation continue.
  • Communautés locales :Connaissent le projet de nom, mais sa compréhension opérationnelle est faible. Les communautés ont exprimé des attentes élevées qui ne sont pas comblées.

« Moi je commence à avoir même des problèmes avec ma communauté que j’avais déjà mobilisée… Ils commencent à me déranger et me demander où on est avec le projet. » – Témoignage du chef de village de Bena Mbuyi.

 

  1. Exécution : un retard inquiétant

La mission a mis en évidence un retard significatif dans l’exécution des activités prévues (octobre 2024 à avril 2026). Sur les 14 villages ciblés, seuls 5 ont bénéficié d’une intervention ponctuelle : la distribution d’environ 2 000 plantules de palmier à huile, sans encadrement technique ni suivi structuré.

  • Aucune activité structuranted’agriculture durable, d’agroforesterie ou de reboisement n’a été observée.
  • Seuls 30 CLD sur 42 prévusdans la province ont été installés, et ils sont jugés « faiblement fonctionnels, voire non opérationnels ».
  1. Gouvernance locale : Des CLD sur le papier mais pas en action

Bien que formellement mis en place, les CLD souffrent d’une faible opérationnalité :

  • Absence de réunions régulières et de plans d’action.
  • Faible maîtrise des rôles et responsabilités.
  • Manque d’encadrement technique.
  • Absence de statut légalisé.
  1. Mécanisme de Gestion des Plaintes : Une absence flagrante

Plus de 18 mois après le lancement du projet, le Mécanisme de Gestion des Plaintes et Recours (MGPR) n’existe pas encore. Les communautés n’ont aucun moyen formel de partager leurs préoccupations, notamment concernant le retard ou les incidents (comme les pépinières brûlées à Kayemba Tshimanga).

 

Pour une mise en œuvre rapide et inclusive : recommandations aux parties prenantes

La mission conjointe GTCRR-CIFOR a établi un diagnostic clair : le PIREDD KORLOM accuse un retard critique, avec des structures de gouvernance locale faibles et des communautés en attente de résultats concrets. Si des bases institutionnelles ont été posées, leur opérationnalisation est urgente pour restaurer la confiance.

Pour sauvegarder ce projet, le GTCRR formule les recommandations suivantes :

  1. Au bailleur (FONAREDD) :Appuyer la relance rapide du projet et renforcer les exigences de redevabilité.
  2. À l’agence de mise en œuvre (ENABEL) :
    • Accélérer le démarrage des activités agricoles et de reboisement.
    • Opérationnaliser les CLD par un accompagnement technique et des formations.
    • Mettre en place d’urgence un mécanisme de gestion des plaintes.
    • Installer des panneaux de visibilité dans les villages.
  3. À l’équipe de suivi du GTCRR :Poursuivre le suivi décentralisé et documenter les alertes en temps réel grâce à des points focaux territoriaux.
  4. Au partenaire CIFOR :Soutenir le renforcement des capacités des OSC locales en suivi REDD+.

 

 

Consultation de communauté du Village de Bena MBUYI

 

Consultation de communauté du Village de BAKWA KALONJI

 

Par Audry Mbal

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