PIREDD DIBETOU : Une adhésion communautaire solide, mais une exécution « à pas de tortue » et une logistique insuffisante qui menacent la confiance

PIREDD DIBETOU : Une adhésion communautaire solide, mais une exécution « à pas de tortue » et une logistique insuffisante qui menacent la confiance

Du 21 au 28 juin 2026, une mission conjointe du GTCRR et du CIFOR s’est rendue dans la province de la Mongala pour évaluer l’état d’avancement du projet REDD+ PIREDD DIBETOU. Si les communautés locales adhèrent au projet, le rapport de suivi révèle des difficultés majeures : retard d’exécution qualifié de « pas de tortue », paiement des PSE en francs congolais au lieu de dollars, et un mécanisme de gestion des plaintes défaillant. Découvrez les constats et les recommandations formulés par la société civile pour sauvegarder ce projet de conservation.

Le projet SC-REDD, financé par CAFI-FONAREDD, vise à renforcer les capacités des organisations de la société civile membres du GTCRR pour assurer un suivi indépendant des projets REDD+ en RDC. C’est dans ce cadre qu’une formation intensive en Suivi-Évaluation et communication a été organisée à Lisala au profit des OSC locales de la Mongala.

Pour mettre en pratique ces acquis, une mission de suivi terrain a été déployée du 21 au 28 juin 2026. L’objectif principal était d’évaluer de manière participative l’état d’avancement du PIREDD DIBETOU, un projet de conservation forestière géré par la société TARANIS et exécuté par The Shared Wood Company (SWC Kongo), couvrant 5 groupements dans les secteurs de Ngombe Doko et Ngombe Mombangi.

 

Les objectifs spécifiques de la mission étaient :

  • Évaluer le niveau de connaissance et d’implication des communautés locales.
  • Analyser l’exécution des activités physiques (pépinières, parcs à bois, PSE).
  • Vérifier la fonctionnalité des organes de gouvernance locale (CLD, CSMA) et des mécanismes de gestion des plaintes.
  • Identifier les blocages pour formuler des recommandations stratégiques.

 

Une approche participative sur le terrain

Pour collecter des données fiables, l’équipe a privilégié une approche qualitative, combinant :

  • Des entretiens individuels avec les membres des CLD, les chefs de villages, et les responsables du projet.
  • Des discussions de groupe réunissant les membres des CLD des villages de BOBILA (Groupement BWELA) et BOMBWALA (Groupement BOKUTU), sélectionnés par échantillonnage aléatoire simple.
  • Des observations directes sur les sites des parcs à bois, champs multiplicateurs de manioc, et pépinières de cacao.
  • Une consultation préalable avec le chargé de suivi-évaluation du projet.

 

Des avancées contrastées et des défis persistants

1. Une bonne appropriation initiale, mais une exécution qui s’essouffle

Les communautés ont une bonne connaissance du projet, grâce aux campagnes de sensibilisation de l’ONG AMAR et au processus de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) qui a posé les bases de la gouvernance locale.

Sur le plan opérationnel, deux activités principales ont été lancées :

  • La mise en place de parcs à bois communautaires pour la multiplication de variétés améliorées de manioc (ZIZILA et OBAMA 2).
  • L’aménagement de pépinières de cacao.

Cependant, les bénéficiaires jugent le rythme d’exécution « à pas de tortue ». L’implication quotidienne des jeunes et des femmes demeure faible, limitant l’impact du projet.

« Le projet a démarré sur de bonnes bases, mais la lenteur et les difficultés logistiques commencent à décourager la communauté. » – Témoignage d’un membre du CLD de Bobila.

 

2. Gouvernance locale et mécanisme de plaintes : Des dysfonctionnements critiques

Si les structures de base (CLD et CSMA) sont reconnues, leur fonctionnement est entravé par plusieurs problèmes :

  • Le numéro vert mis en place pour les plaintes est inopérant ou hors service, un problème exacerbé par la faible couverture réseau.
  • Des tensions communautaires persistent autour de l’emplacement de la base-vie de TARANIS

 

3. Les principales difficultés des communautés : 

Les témoignages recueillis par l’équipe de suivi font état de barrières logistiques et financières majeures :

  • Insuffisance criante de matériel : À Bombwala, un CLD de 14 membres n’a reçu qu’une seule paire de bottes et 5 machettes, paralysant le travail collectif.
  • Paiement des travaux : Une violation contractuelle source de frustration. Alors que les contrats sont signés en Dollars Américains ($), le projet impose un paiement en Francs Congolais (CDF) à un taux de change désavantageux. À cela s’ajoutent des retards chroniques de paiement.
  • Absence de recrutement local : La main-d’œuvre est souvent recrutée à Lisala, excluant les compétences disponibles localement et générant un sentiment d’injustice.

 

Défis rencontrés par la mission de suivi

La mission a dû faire face à des contraintes logistiques qui ont limité le nombre de villages visités. Seuls deux groupements ont été couverts, ce qui souligne l’importance de renforcer les capacités et les moyens des OSC pour un suivi plus exhaustif à l’avenir.

 

Appels à l’action

La mission conjointe GTCRR-CIFOR démontre que le PIREDD DIBETOU bénéficie d’une adhésion communautaire solide, mais que des dysfonctionnements opérationnels menacent sa pérennité. Le non-respect des contrats en ce qui concerne les paiements, l’insuffisance de matériel et l’absence de dialogue franc sont des risques majeurs de démobilisation.

 

Pour sauvegarder ce projet, le GTCRR formule les recommandations suivantes :

  1. À l’agence de mise en œuvre (TARANIS) :Respecter scrupuleusement les contrats (paiement en dollars ou un taux convenable), finaliser la légalisation et l’équipement des CLD, et résoudre le conflit lié à l’emplacement des bases-vies en concertation avec la communauté.
  2. À l’équipe de suivi du GTCRR :Poursuivre les missions de suivi dans d’autres villages et assurer un plaidoyer soutenu pour la mise en œuvre des recommandations.
  3. Aux structures de gouvernance locale :S’approprier le projet et remonter les difficultés aux autorités compétentes.

 

Par Audry Mbala

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