Forêts, finance, synergies : que préconise le GTCRR pour accélérer l’action climatique intégrée d’ici 2030 ?

Forêts, finance, synergies : que préconise le GTCRR pour accélérer l’action climatique intégrée d’ici 2030 ?

Bonn, 15 juin 2026 – Centre mondial de conférences de Bonn (WCCB). Dans le cadre de l’événement parallèle ouvert à tous les participants accrédités à la CCNUCC SB64, en présentiel ou à distance, le coordonnateur national du GTCRR, M. Guy Kajemba, est intervenu virtuellement lors du side-event intitulé : « Forêts, finance, synergies : faire progresser l’action climatique intégrée à l’horizon 2030 ». Cet événement était organisé par Landscape Alliance, l’Institut Igarapé et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

 

Enjeux et Objectifs

Cet événement parallèle a examiné comment les approches intégrées relatives aux forêts, au climat, à la biodiversité et à la résilience peuvent passer du stade d’aspiration politique à celui de mise en œuvre opérationnelle en amont de la COP35 (2030). Plutôt que de se concentrer principalement sur les obstacles eux-mêmes, la session visait à identifier des pistes concrètes permettant de réaliser des progrès significatifs au cours des quatre à cinq prochaines années et de créer les conditions d’un déploiement à grande échelle de l’action climatique intégrée dans différents pays et territoires.

Réunissant les perspectives des scientifiques, des décideurs politiques et des praticiens, les discussions ont portera sur comment :

  • passer de la définition du défi que représente la recherche de synergies à des solutions évolutives, en plaçant la nature et les forêts au cœur du débat ;
  • mettre en lumière les expériences pratiques et les solutions émergentes des institutions, des gouvernements et des acteurs locaux ;
  • définir les conditions favorables, les approches de financement forestier et les modèles de gouvernance susceptibles de soutenir une action climatique intégrée et à grande échelle d’ici à 2030.

 

Intervention du Coordonnateur national du GTCRR : principaux apports

Lors de ce side-event, le coordonnateur national du GTCRR est intervenu pour répondre à plusieurs questions stratégiques. Il a mis en lumière les obstacles opérationnels majeurs freinant la mise en œuvre d’actions intégrées d’ici 2030, tout en proposant des voies de déblocage.

Obstacles à la mise en œuvre
Il a d’abord souligné le déficit de respect des engagements internationaux : malgré de multiples forums et promesses de financement climat, les annonces peinent à se traduire en flux financiers effectifs. Par ailleurs, les communautés locales ne bénéficient pas directement et de manière visible des financements disponibles. Pour le Bassin du Congo, deuxième poumon forestier mondial, il a plaidé pour une approche-programme plutôt qu’une approche-projet, cette dernière tendant à marginaliser les populations locales.

 

Conditions d’un accès direct aux financements
Pour que les fonds atteignent effectivement les populations, le coordonnateur national a insisté sur :

  • La structuration de la gouvernance locale: en s’appuyant sur les travaux relatifs aux forêts des communautés locales (CFCL), afin que les communautés puissent exprimer clairement leurs besoins prioritaires.
  • La reconnaissance du rôle des communautés: légitime, car leur gestion quotidienne et rationnelle est un facteur clé de la préservation effective des forêts.

 

Actions prioritaires pour 2026-2030
Interrogé sur les actions cruciales à mener dans les quatre prochaines années, il a identifié la nécessité d’adapter les cadres juridiques nationaux aux nouvelles dynamiques du changement climatique. Cela implique des réformes complexes touchant au foncier, à l’aménagement du territoire, au code forestier et aux politiques sectorielles, afin de rendre les efforts visibles et durables.

Innovations institutionnelles et financières
Il a cité l’initiative Tropical Forest Forever Facility (TFFF), lancée lors de la COP30, qui vise à rémunérer durablement les efforts de conservation des communautés sans passer par des intermédiaires multiples. Il a également mentionné le paiement pour services environnementaux (PSE) comme une piste prometteuse, mais encore à structurer et à doter d’un cadre cohérent.

Alignement des politiques climat, biodiversité et forêts
Pour éviter la lourdeur administrative et les redondances, M. Guy Kajemba a proposé quatre principes directeurs :

  • Dépolitisation et efficacité technique: traiter les questions techniques avec rigueur, en évitant les chevauchements institutionnels et les superstructures décisionnelles inutiles.
  • Alignement sur la stratégie nationale: coordonner les actions en fonction des moteurs réels de la déforestation identifiés, pour une approche globale et cohérente.
  • Respect des communautés locales: inscrire dans les lois et politiques le principe du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP), garantissant une participation amont et éclairée.
  • Transparence et Mesurage, Rapportage, Vérification (MRV): instaurer un système rigoureux, associant toutes les parties prenantes, pour assurer la traçabilité des fonds et la crédibilité des paiements basés sur les résultats.

 

Perspectives et conclusion

En croisant les regards scientifiques, politiques et opérationnels, cette session a posé les jalons d’une feuille de route réaliste pour 2030. Elle confirme que l’accélération de l’action climatique intégrée passe par un double mouvement : renforcer la gouvernance locale et la confiance entre acteurs, tout en innovant dans les mécanismes de financement et de suivi.

Le Bassin du Congo, par son poids écologique et les initiatives qui y émergent, illustre la nécessité de dépasser les logiques de projet pour adopter des approches-programmes, territorialisées et ancrées dans les réalités communautaires. C’est à ce prix que les engagements de Rio et de Paris pourront produire leurs effets sur les forêts, le climat et la biodiversité à l’horizon de la prochaine décennie.

 

Par audry Mbal

14 Vues
Partager sur