314 VuesIl est nécessaire de rappeler une vérité essentielle : les financements extérieurs ne sont ni automatiques ni obligatoires. Ils ne constituent pas une politique publique, encore moins un dû. Un État sérieux doit disposer de structures destinées à accompagner les citoyens vers l’autonomie et la prise en charge de leurs besoins. Lorsque ces mécanismes sont insuffisants ou absents, les ressources internes ne suffisent pas à couvrir les coûts élevés de l’adaptation. Les financements extérieurs présentent des risques importants de dépendance et de conditionnalité pour un État : Risques de dépendance Affaiblissement de la souveraineté budgétaire : si une grande partie des projets climatiques dépend de financements extérieurs, l’État peut perdre sa capacité à définir ses propres priorités. Vulnérabilité aux fluctuations : les financements internationaux ne sont pas toujours stables. Des changements politiques ou économiques chez les bailleurs peuvent interrompre ou réduire les flux. Effet d’éviction : les ressources locales peuvent être négligées, car les acteurs nationaux comptent trop sur les bailleurs étrangers. Perte de crédibilité interne : une dépendance excessive peut donner l’impression que les politiques climatiques sont imposées de l’extérieur plutôt que portées par la société nationale.   Risques de conditionnalité Imposition de réformes : les bailleurs peuvent exiger des réformes institutionnelles ou économiques qui ne correspondent pas toujours aux réalités locales. Priorités externes : les financements sont souvent orientés vers les thématiques qui intéressent les donateurs (p. ex. carbone forestier, énergies renouvelables) plutôt que vers les besoins immédiats des populations (adaptation agricole, résilience communautaire). Complexité administrative : les conditionnalités incluent souvent des exigences de reporting, d’audit et de conformité qui mobilisent beaucoup de ressources humaines et financières. Risques d’inégalités : les conditionnalités peuvent favoriser certaines régions ou acteurs (grandes ONG, institutions centrales) au détriment des communautés locales.   Conclusion Un État doit trouver un équilibre : Maximiser les opportunités offertes par les financements extérieurs (accès à des ressources, technologies, expertise). Réduire la dépendance en mobilisant davantage de financements domestiques (taxes carbone, budgets nationaux, partenariats public-privé). Négocier les conditionnalités pour qu’elles soient adaptées au contexte local et qu’elles renforcent la gouvernance plutôt que de la fragiliser.   Par Guy Kajemba / Coordonnateur National du GTCRR